Vendredi 22 mai 2009


















Vincent Van Gogh ( 1853-1890 ) avait un grand rêve : Partir dans le sud de la France. « au printemps, il se peut que j’aille dans le midi de la France, le pays des tons bleus et des couleurs gaies » écrivait-il au peintre Anglais Horace Livens en automne 1886.

On ne sait pourquoi Vincent avait choisi la ville d’Arles située à 25 Kms de la mer. Peut-être était-ce pour la beauté célèbre de ses femmes. En tous cas, ce n’était pas pour l’architecture de l’ancienne cité romaine fondée au Xème siècle car il ne représenta jamais de monuments autrement que dans des seconds plans de tableaux.

Ce fut certainement un des peintres les plus chaotiques de l’histoire de la peinture mais par chance, il nous laissa, par la veuve de Théo (son frère cadet) une très importante correspondance sur ce que fut sa vie et particulièrement les deux dernières années de son existence en Arles et sa région. « la palette est pleine de couleurs : bleu ciel, orange, rose, vermillon, jaune vif, vert vif, lie de vin éclatant, violet… ». « En intensifiant les couleurs, on parvient à retrouver la paix et l’harmonie. »

Durant les 444 jours qu’il passa en Provence, Van Gogh peignit 200 tableaux et fit plus de 100 dessins !

Au début de son installation en Arles, Vincent conçut le projet de s’associer avec Gauguin qu’il fit venir afin de travailler avec lui dans ce qu’il voulait un atelier d’artistes et d’asile pour les copains ; des artistes pauvres qui vivraient et travailleraient ensemble. Cette collaboration s’avéra très houleuse et les deux grands maîtres finirent par se disputer dans des querelles de plus en plus violentes. Vincent menaça à plusieurs reprises Gauguin avec un rasoir de sorte que celui-ci prit peur pour sa vie et décida donc de suspendre cette collaboration.Le jour même, Vincent se trancha le lobe de l’oreille droite et alla l’offrir à la prostituée qu’il fréquentait. Sa vie commençait désormais à sombrer entre crises de folie, périodes de rémission et périodes fastes où il peignait de façon frénétique.

Le 15 mai 1890, il rejoignit son frère Théo et sa famille à Paris. Il se tira une balle dans le ventre le 27 juillet 1890 à l’âge de 37 ans…

 















autoportrait à l'oreille coupée                            Le café de minuit


Lettres à son frère Théo

 

«  je suis dans une rage de travail, puisque les arbres sont en fleurs et que je voulais faire un verger de Provence d’une gaieté monstre »

 

« Enfin, je n’ai moi-même aucun regret d’être venu ici, car je trouve que la nature y est magnifique ; je travaille en ce moment à six tableaux d’arbres fruitiers en fleurs »

 

«  J’ai un nouveau motif en train, des champs à perte de vue verts et jaunes, que j’ai déjà deux fois dessinés  et que je recommence en tableau, absolument comme un Salomon Konink, qui faisait les immenses campagnes plates »

 

« Selon moi, les deux vues de la Crau et de la campagne du côté des bords du Rhône sont ce que j’ai fais de mieux de ma plume… J’ai commencé une peinture aussi, mais pas moyen avec le mistral de la faire (…) Tu vois cependant qu’il n’y a aucun effet, c’est à première vue une carte géographique, un plan stratégique quant à la facture…»

 

J’ai emporté trois toiles et je les ai couvertes – deux marines, une vue du village, puis des dessins que je t’enverrai par la poste (…) Je ne pense pas qu’il y ait cent maisons dans ce village ou dans cette ville. Le principal édifice, après la vieille église, forteresse antique, est la caserne. Et encore quelles maisons – comme dans nos bruyères et tourbières de Drenthe ; tu en verra des spécimens dans les dessins »

 


















La sieste                                                                                    Le facteur Roulin

« Au moment de partir le matin, de très bonne heure, j’ai fait le dessin des bateaux, et j’en ai le tableau en train, toile de 30 avec davantage de mer et de ciel à droite. C’était avant que les bateaux ne fichaient le camp… »

Sur la plage toute plate, sablonneuse, de petits bateaux verts, rouges, bleus, tellement jolis comme forme et couleur qu’on pensait à des fleurs. »


« Merci de votre lettre et merci surtout de votre promesse de venir déjà le 20.(…) Enfin, je crois qu’une fois ici, vous allez être comme moi pris d’une rage de peindre, dans les intervalles de mistral, les effets d’automne, et que vous comprendrez que j’aie insisté  pour que vous veniez, maintenant qu’il y a de bien beaux jours. »

Lettre du début octobre 1888 à Paul Gauguin


"(...) tout en étant isolé, je n'ai pas le temps de penser ou de sentir; je marche comme une locomotive à peindre. Or je crois que cela ne s'arrêtera plus guère. (...) J'ai une étude de vieux moulin, peinte à bâtons rompus (...) Pour ce qui est de la maison, cela continue de m'apaiser beaucoup qu'elle va être habitable."

"L'automne continue encore à être beau! quel drôle de pays que cette patrie de Tartarin (de Tarascon ). Oui je suis content de mon sort; c'est un pays superbe et sublime, ce n'est que du Daumier bien vivant."
Inspirés par les couleurs flamboyantes qui les entouraient en cette fin d'automne, Vincent et Paul passèrent leurs journées à travailler à travailler  toujours, souvent sur les mêmes sujets; mais leurs dissemblances et leurs débats théoriques débouchèrent bientôt sur des disputes violentes

« j’y songe de décorer mon atelier d’une demi douzaine de tableaux de tournesols, une décoration où les chromes crus ou rompus éclateront sur des fonds divers – bleus depuis le véronèse le plus pale jusqu’au bleu de roi, encadrés de minces lattes peintes en mine orangé. Des espèces d’effets de vitraux d’église gothique. Ah mes chers copains, nous autres toqués jouissons-nous tout de même de l’œil, n’est-ce pas ? »

 

« Eh bien, j’ai aujourd’hui loué l’aile droite de cette construction, qui contient quatre pièces ou plutôt deux avec deux cabinets. C’est peint en jaune dehors, blanchi à la chaux à l’intérieur, en plein soleil (…) Je verrai enfin mes toiles dans un intérieur bien clair, le parquet est en briques rouges. »

Vincent dormit pour la première fois dans sa maison d’Arles la nuit du 16 au 17 septembre 1888. Gauguin n’arriva que le 23 octobre et ce fut là, deux jours avant Noël, que Vincent se mutila l’oreille droite, ce qui devait entraîner son premier séjour à l’hôpital.

  
"J'ai fait des portraits de toute une famille, celle du facteur dont j'ai précédemment déjà fait la tête (...) tous des types et bien français quoique cela ait l'air d'être des russes. Toiles de 15."
Joseph Etienne ROULIN, postier à la gare d'Arles, se prit d'amitié pour Vincent, qui fit de lui, de sa femme et de ses trois enfants, plusieurs portraits au cours de l'hiver 88-89. Les visites de cet homme "si bon enfant et si sage et si ému et si croyant" pendant les séjours de Van Gogh à l'hôpital d'Arles, entre janvier et avril, faisaient beaucoup de bien au peintre. 


"puique c'est juste la saison où il y a beaucoup de fleurs et par conséquent des effets de couleurs, il sera peut-être sage de m'envoyer encore 5 mètres de toile en plus. Car les fleurs seront passagères et seront remplacées par les blés jaunes."
lettre écrite à son frère Théo en juin 1889 de qui il dépendait fortement financièrement

« Je n’y puis rien que mes tableaux ne se vendent pas. Un jour viendra cependant où l’on verra que cela vaut plus que le prix de la couleur et de ma vie en somme très maigre, que nous y mettons. (…) Gauguin a apporté une magnifique toile qu’il a échangée avec Bernard, des Bretonnes dans un pré (…) Je crois que le jour viendra où je vendrai moi aussi, mais vis- à- vis de toi je suis tellement en retard, et tout en dépensant je ne rapporte rien. »

 

Vincent n’avait pratiquement pas de revenus et il dépendait fortement de son frère Théo qui était marchand d’art dans la capitale…

 

 

 

Par profshadocko - Communauté : l'art de partager son art - Publié dans : peinture, photographie
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